Directeur du contrôle de gestion en retraite de Alcatel-Lucent Enterprise

 

Peux tu relater ton parcours professionnel, quelques faits marquants, des satisfactions ?

 1962 - Un an après mes débuts chez Citroën, je débarque chez TELIC, future Alcatel Business Systems (aujourd’hui Alcatel-Lucent Enterprise, filiale de la grande Alcatel). Passant successivement du Bureau d’Etudes au Bureau des Méthodes, puis au Bureau de Production, on me confie le management d’une division électromécanique de mille personnes, destinée à mourir au bénéfice d’une nouvelle entité électronique en croissance. Je suis alors bien éloigné de l’objet de mes études sur les chaudières, cokeries gazières, hauts-fourneaux et autres usines sidérurgiques auxquelles me destinait ma formation d’ingénieur mécanicien  à l’ENIS !

La technique évoluant rapidement vers l’électronique et l’informatique où je n’étais pas un expert, je décide de suivre les cours de 3° cycle de l’IAE avec l’intention d’acquérir cette double compétence ingénieur-économiste très recherchée en 1970. Bien m’en a pris car on me confie la mission de créer le service de contrôle de gestion de la société. Je débute avec une assistante d’ingénieur et peu à peu, le département grossit au rythme des acquisitions dans le monde. 30 ingénieurs et techniciens de haut niveau (HEC, Ecole Supérieure de Commerce,… et les meilleurs cadres de la firme) m’aident à suivre la gestion de la société, qui avec ses filiales, principalement en Europe, représente au plus fort de son activité, près de 30 000 personnes (pour 220 000 à la maison-mère Alcatel). L’entreprise produit alors des millions de postes téléphoniques, les fameux Minitels français, les Fax et autres centraux destinés aux sociétés privées. Il faut impérativement apprendre l’anglais (je balbutiais l’allemand) et discourir sur les méthodes comptables avec mes homologues européens lors de séminaires dans les différentes capitales européennes.

Puis mes compétences financières s’affinent après un cycle approfondi à l’INSEAD de Fontainebleau. Les études de rentabilité, la maîtrise des coûts,  la gestion financière n’ont (presque) plus de secrets pour moi. Aussi, on me demande de former les cadres à la gestion. Des cohortes d’ingénieurs, du plus jeune au plus âgé, du petit encadrement aux directeurs de département, participent aux séances de mise à niveau dans un domaine en général négligé par ceux-ci. Pendant ce temps dévolu exclusivement à la finance et aux travaux budgétaires, loin de la technique pointue des télécommunications, j’intègre en tant que Directeur du Contrôle de Gestion, le CODIR de la compagnie où je côtoie les PDG qui se succèdent à mesure de l’expansion de la maison. 

Après 20 ans de travaux comptables et des millions de chiffres égrenés au fil du temps, je prends ma retraite en 1996.

Serge Tchuruk, le PDG d’Alcatel décide, à partir de cette date, de vendre tous ses bijoux de famille. La grande Alcatel chute inexorablement et abandonne à leur sort des milliers d’agents de production et d’ingénieurs. Mais c’est une autre histoire qui pourrait faire suite à un de mes ouvrages dans lequel je relate « l’aventure de la Privat Telefongesellshaft à Alcatel Business Systems en passant par Telic de 1919 à l’an 2000 ». (Cf. revue A&I n° 265 octobre 2012)

 Comment as-tu vécu, vis tu et vivras tu encore tes relations avec ARTS ET INDUSTRIES ?

 Pendant cette ascension riche en rebondissements professionnels, j’ai toujours participé aux travaux de « l’Association des Architectes et Ingénieurs de l’INSA de Strasbourg (ex-ENIS, ex-ENSAIS)», d’abord la SIES puis A&I, et gardé un œil attentif au devenir de notre école. Et je n’ai jamais regretté cette  relation avec ses membres, fort utile pour rechercher la solution à un problème technique, une embauche ou tout simplement pour garder le contact. C’est grâce à Jacques Dugoudron (E 1956) que j’ai intégré l’entreprise Telic où je l’ai d’abord secondé puis accompagné dans ses fonctions de Directeur Industriel. Combien d’élèves ou de jeunes diplômés ont-ils eux aussi trouvé des stages, PFE ou leur premier emploi grâce à notre Association ? Je ne peux que proposer, sinon presser les ingénieurs et architectes à nous rejoindre dans cette œuvre collective et humaine : l’Association Arts et Industries.

 Quels conseils considères tu utiles de donner à un diplômé sortant de notre INSA ?

 Je souhaiterais donner quelques conseils sinon des recommandations aux jeunes débutants, quelles que soient les spécialités choisies.

Tout d’abord, écouter les collaborateurs comme vos collègues et tenir compte de leurs compétences. Ils participent à votre formation continue sur le terrain et font grossir votre propre potentiel… que très souvent ils considèrent être leur propre contribution à votre progression dans l’entreprise ; en cela vous leur devez quelque chose, sinon de la reconnaissance !

Puisque je vous parle de formation, je vous suggère avec force de poursuivre vos études par les stages de perfectionnement, les disciplines  spécifiques, les séminaires de remise à niveau, etc… Et de suivre un cycle approfondi en gestion des affaires (un troisième cycle comme l’Institut d’Administration des Affaires-IAE- ou autre organisme privé de Management des entreprises) : l’enseignement de cette matière dans notre école ne suffira pas à faire de vous des futurs chefs de projet ou administrateurs d’affaires qui exigent des connaissances multiples en coûts, prix de revient, investissements et études de rentabilité, comptes d’exploitation et autres sujets économiques et fiscaux.

Transmettez à vos collègues et collaborateurs ce que vous savez en devenant formateur à l’intérieur de votre firme ou à l’extérieur. On possède encore mieux ce que l’on enseigne car cette fonction de  « maître » exige de connaitre parfaitement  son sujet et de mettre à jour en permanence son objet.

En fonction de mes expériences vécues, j’estime utile de parcourir l’entreprise dans ses multiples fonctions s’il s’agit d’une grande société, sinon de s’efforcer d’en changer car le confort douillet d’une situation acquise n’est pas éternel par les temps qui courent. S’encrouter dans la même fonction n’est pas recommandé ! La polyvalence a ses mérites, autant que la spécialité dans un domaine très pointu.

Méditez cette réflexion, à mon avis toujours d’actualité : si votre parcours débute dans la R & D, vous pouvez progresser en continuant votre vie professionnelle dans ce domaine (chef de service, directeur des études,…), puis évoluer ensuite dans d’autres départements (production, logistique, technico-commercial,…). Inversement, si vous démarrez d’abord dans celles-ci, il vous sera difficile, voire impossible sauf exception, de postuler ensuite à une activité dans la R &D car les compétences exigées dans le domaine de la recherche dépassent rapidement les connaissances acquises à l’école quelques années auparavant.

Un dernier conseil d’Ancien de l’Ecole : rejoignez notre Association des diplômés de notre école. INSA ALUMNI constitue aujourd’hui le plus grand réseau d’ingénieurs européen portant le même sigle. Vous n’aurez aucune difficulté à vous frayez le chemin professionnel que vous souhaitez, grâce à son organisation et à l’appui constant et amical de vos devanciers.

 En fonction de ton expérience, quelles aides, quelles actions à entreprendre, voire quels supports penses tu envisageables de mettre en œuvre pour aider nos jeunes au cours de leur formation tant initiale que continue ?

 Dans le domaine de la formation continue (supports, etc...) cela impliquerait une mise en œuvre compliquée. De fait, chacun d’entre eux doit envisager sa propre formation en fonction de la vision qu’il a de sa “carrière”, très différente selon les disciplines, la fonction initiale exercée,  le profil de chacun, entre autres.

Cependant, A&I pourrait s’impliquer pour conseiller les jeunes, de vive voix, à leur demande, dans le cadre de chaque groupement. Mais les jeunes   veulent-ils recevoir des conseils? Les anciens, dans chaque groupement, sont-ils prêts et ... qualifiés pour ce “métier” ?

 

Remarques  de « l‘interwieveur » (Jacques PRENVEILLE - M 1962) :

 Il est ici utile de rappeler au lecteur que Bernard fut membre élu au CODIR d’A&I de 2005 à 2007. Et qu’il participe activement aux réunions mensuelles de la commission tripartite Ecole- BDE-A&I.