"DU BOULEVARD DE LA VICTOIRE A MON ENTREPRISE"

 

Le 1er juillet 1961, armé de mon diplôme, marié, père d’un enfant, je m’embarque vers ma vie professionnelle.

 Je dois d’abord m’acquitter de deux formalités : effectuer un stage de 6 mois à la S.A.C.M. de Graffenstaden et faire mon service militaire. La première me fait découvrir le monde industriel et la vie en entreprise. La deuxième, mon service militaire, réalisé à Strasbourg au 1er R.G, fut assez paisible : sorte de grandes vacances en uniforme, où j’ai quand même appris le maniement des armes et des explosifs, ainsi que la vie en communauté et le jeu de cartes de la Canasta. J’ai aussi eu la chance d’être incorporé au même endroit qu’un copain de promo, dans la même situation familiale que moi.

Après six ans passés à Strasbourg, ma femme et moi, avions envie de changer de région, et après avoir lu différentes annonces et passé quelques entretiens d’embauche, je signe pour mon premier emploi : ingénieur technico-commercial chez un fabricant allemand de robinetterie industrielle, basé à Rethel dans les Ardennes. Mais je me rends vite compte que ce métier ne correspond pas à mes aspirations : pas assez technique ; et au bout de trois mois je démissionne. J’avais auparavant trouvé un job d’ingénieur de production chez un fabricant de métiers à bonneterie circulaires, employant 300 personnes, basé à Troyes. Je dois m’occuper de la rationalisation de la production. Mais au bout de six mois mon patron rachète une petite entreprise de fabrication de ressorts, de 20 salariés, à laquelle il adjoint une unité de montage de sous-ensembles pour ses métiers à bonneterie ; et il me propose le poste de responsable technique de l’ensemble. Au début le travail est intéressant car il y a beaucoup de choses à mettre en place : modernisation des machines existantes, embauche de nouveaux salariés, achats de nouvelles machines. Mais au bout de trois ans je me rends compte que je ne valorise pas beaucoup les acquits de mes études à l’E.N.I.S, et je cherche autre chose. Il y a un secteur qui a le vent en poupe, et qui recrute, c’est l’informatique. Je trouve un poste d’ingénieur d’études chez un fabricant de périphériques d’ordinateurs, à Courbevoie. En plus les principaux clients de mon nouvel employeur travaillent pour l’aéronautique et l’aérospatial ; c’est ainsi que je vais étudier des matériels qui vont s’intégrer dans le Concorde et les satellites TD1 et TD2. J’ai enfin trouvé un travail qui me plait vraiment, sous les ordres d’un directeur technique compétent : je suis responsable de l’étude et du développement des produits, depuis le cahier des charges jusqu’à la mise en fabrication.

Malheureusement j’ai du mal à suivre les conditions de travail parisiennes, avec 3 heures de trajet quotidiennes ; et ma vie familiale s’en ressent. Mais maintenant je sais que ma voie se trouve dans la conception. Et deux ans plus tard, j’ai 32 ans, je postule pour un job à Valence, dans une grande multinationale (disparue depuis), qui fabrique entre autres des composants d’automatismes électromécaniques et électroniques  D’abord ingénieur d’étude, puis chef de groupe (conception puis suivi de la vie du produit) : c’est un poste qui me convient ; j’y reste 12 ans. Puis se présente une opportunité : création d’un service « marketing ». Devant le peu de produits nouveaux à étudier, je postule, je suis retenu, et je vais découvrir l’éventail sur le marché français des besoins en produits nouveaux pour les années à venir. C’est ainsi que je découvre le besoin en « maîtrise de l’énergie ». Cà tombe bien ; çà correspond à ma formation à l’E.N.I.S. A la même époque, la société qui m’emploie commence à péricliter, les départs plus ou moins forcés se multiplient. Je suis donc attentif, et je rencontre des professionnels du secteur, principalement ceux de la branche « conseils pour  l’utilisation des énergies ». Je me rends compte en même temps d’une niche commerciale. C’est le secteur public et ses collectivités territoriales : communes, départements, etc.. qui possèdent un important patrimoine (bâtiments et réseaux) consommateur d’énergie, et qui ne disposent pas de beaucoup de compétence technique en interne. Je commence aussi à rencontrer des ingénieurs-conseils dans d’autres régions de France..

Finalement en Août 1985, âgé de 47 ans, 24 ans après mon diplôme, je crée ma société. c‘est une s.a.r.l., dont je suis le gérant, et le seul salarié ; j’embaucherai mon premier salarié deux ans plus tard. Par sécurité, dans les statuts j’indique deux objets : la maîtrise de l’énergie, et le conseil en marketing industriel. Mais seul le premier me ramènera des commandes. Les premiers temps sur certaines affaires, je m’associe avec un ingénieur-conseil parisien. Ma production consiste en audits énergétiques : surtout chauffage des bâtiments au début.  Puis au contact des communes je vais créer une spécificité : l’audit des réseaux d’éclairage public. Ce type d’études n’existait pas, et rapidement il va représenter la moitié de mon activité. Ces 2 types d’audit sont élaborés à partir de relevés sur site et de traitements informatiques de ces données. Les traitements informatiques sont réalisés sur des programmes simples, que j’ai en grande partie développés. Mes clients se situent à 90% dans le quart sud-est de la France.

Mes deux outils, ainsi que ceux de mes collaborateurs, sont mon ordinateur et ma voiture (professionnellement je parcours 30.000 km par an).

Au bout de 5 ans après sa création, mon bureau d’études commence à être connu ; et je ne suis plus obligé de démarcher systématiquement mes nouveaux clients. Je remporte même un trophée de l’Agence Française pour la Maitrise de l’Energie. Huit ans après sa création, ma société comporte sept salariés, et je la transforme en société anonyme, pour disposer de plus de souplesse  au niveau du dirigeant.

Cinq ans plus tard j’embaucherai mon fils aîné qui était demandeur, pour le former à ma succession.

Et voilà, 30 ans après sa création, ma société existe toujours, avec des hauts et des bas ; je ne m’en occupe plus mais pour l’instant çà tient.

 Merci l’ENIS, pour la qualité de son enseignement, et pour son état d’esprit : la ténacité.

 
Jacques MOSDALE

  

Nota de « l’interviewer » (J. PRENVEILLE - M 1962) : Merci Jacques pour ce « voyage professionnel » qui met en évidence ce que nous cherchons tous consciemment ou non : une activité professionnelle qui correspond à nos aspirations. En même temps, nous prenons peu à peu conscience de ce que nous sommes vraiment. Et quand la ténacité nous donne le plaisir d’aboutir à cet accord, c’est formidable.