Animatrice Amélioration Continue 
pour un fabricant automobile

 

Peux-tu relater ton parcours professionnel, quelques faits marquants, des satisfactions ?

Lorsqu’on regarde mon cv, on peut avoir comme première impression que mes expériences professionnelles sont décousues. Ou que je n’ai pas eu de chance en cumulant les contrats à durée déterminée. Mais l’on se rend vite compte que toutes ces expériences se suivent selon un fil conducteur et ne sont pas le fait de malchance mais plutôt d’opportunités que j’ai su saisir.

Déjà avant d’obtenir mon diplôme j’avais souhaité augmenter mes chances de trouver un emploi qui me plaisait. En effet, ce qui compte pour moi c’est le type d’activités que j’ai au quotidien et non pas le domaine dans lequel je les exerce. De ce fait, j’avais à l’époque recherché un PFE sans lien direct avec ma spécialité, la plasturgie. Cela m’avait ouvert les portes de l’agroalimentaire mais aussi de la maintenance.

Cependant, après l’obtention de mon diplôme, en 2011, j’ai eu des difficultés à définir mon projet professionnel, ce qui a rendu la recherche d’emploi plus difficile. Lorsqu’une opportunité s’est présentée dans le secteur automobile, je n’ai pas hésité longtemps. J’ai commencé en tant qu’assistant chef de projet dans une entreprise de fabrication et transformation de camions. Je suis rapidement passée chef de projet : j’avais pour mission de suivre les commandes spéciales, depuis l’offre de prix jusqu’à la livraison des camions. Ce poste très complet m’a permis d’appréhender des notions importantes pour une entreprise : satisfaction du client (démarche qualité, coûts, délais), gestion de projet (planification, coordination, résolution de problèmes), enjeux stratégiques (marketing, « compliance », amélioration continue,…). De cette expérience j’ai gardé le goût du travail par projets, de façon transversale et avec de multiples interlocuteurs.

Le poste étant en intérim, je l’ai quitté au bout d’un an, alors que l’entreprise où j’avais effectué mon PFE me recontactait. Je suis donc retournée dans l’agroalimentaire, d’abord pour de la gestion de projets pendant 6 mois, puis en tant que chef d’équipe. Le management étant une notion difficile à appréhender en cours à l’Ecole, cette expérience était l’occasion d’apprendre sur le terrain. J’ai ainsi encadré une équipe de 25 hommes, et jusqu’à 60 personnes certains jours. Les débuts ont été difficiles : jeune femme sans expérience en management, face à 25 hommes de moyenne d’âge proche de 50 ans, ayant connu une multitude de chefs auparavant. Les premiers jours, j’avais l’impression de me jeter dans le vide à chaque prise d’équipe ! Mais on se fait à tout et l’adaptation a été plus rapide que prévu. Je retiens de cette expérience le contact humain : j’ai pris conscience que j’aimais travailler avec les gens. Aussi la notion de responsabilité, à tous les niveaux : sécurité de mon équipe, qualité du produit fabriqué, gestion des problèmes de production, respect de l’environnement et réduction des gaspillages. J’ai également considérablement augmenté ma résistance au stress et à la fatigue et expérimenté les conséquences d’un management directif : cela m’a dissuadé de continuer dans cette voie et j’ai quitté l’entreprise après 1,5 ans, à la fin de mon contrat CDD.

Une période de chômage d’un mois m’a permis de définir plus clairement mon projet professionnel : à long terme, je souhaite créer une entreprise de conseil et faire de la formation. Mais pour cela je dois d’abord gagner en expérience (légitimité) et en maturité (prise de recul). J’ai eu la chance de retrouver un travail rapidement dans le domaine de l’amélioration continue : je suis actuellement animatrice amélioration continue (Lean) chez un fabricant de pièces automobiles. Cela me convient car je réalise exactement le type d’activités que je souhaite exercer lorsque je créerai mon entreprise : gestion de projets, travail avec les personnes, formations. C’est le poste idéal pour gagner en expérience dans ce domaine et appréhender des notions qui sont pour moi encore trop complexes : stratégie financière des entreprises, gestion des organisations, management de la qualité… cerise sur le gâteau : c’est mon premier CDI. Avoir enfin trouvé ma voie est aujourd’hui une satisfaction car je peux envisager d’autres projets, plus personnels, en sachant ou je vais.

 

Comment as-tu vécu et vivras-tu tes relations avec Arts et Industries ?

En tant que membre de BDE et cotisante, je ne m’étais pas positionnée vis-à-vis de l’association lors de ma période étudiante. En sortie d’école j’ai souhaité rester membre cotisant pour garder le contact avec certains membres plus que pour les opportunités créées par le réseau. En effet, je n’ai jamais eu besoin de faire appel au réseau pour décrocher un emploi. Mais l’association AI a toujours représenté pour moi le symbole d’appartenance à l’école. Le fait que mes amis soient impliqués dans le groupement Bas-Rhin m’a incitée à les rejoindre. Je suis aujourd’hui trésorière d’AI67. Le fait de s’investir dans l’association permet de garder contact avec les anciens mais aussi de vivre une expérience humaine enrichissante. Et il est important de faire vivre l’association pour les futurs diplômés.

 

Quels conseils considères-tu utiles de donner à un diplômé sortant de notre INSA ?

Dans le contexte actuel, il est de plus en plus difficile de trouver un emploi stable dès la sortie d’école. Cela n’est pas dramatique : il faut saisir les opportunités qui se présentent. Au pire, ce seront de bonnes expériences sur lesquelles s’appuyer pour construire sa carrière, au mieux, des portes d’entrée formidables. Et si la chance ne suffit pas, des anciens sont présents des lors que l’on souhaite devenir membre du réseau.

Au-delà du côté professionnel, cotiser à AI permet de vivre de bons moments et de rencontrer de nouvelles personnes. En bref, de sortir de la routine « travail-famille » et d’élargir ses horizons. Je conseillerais aux nouveaux diplômés de cotiser la première année pour participer aux activités de leur groupement et ainsi se faire une idée concrète de l’engagement de l’association.

 

En fonction de ton expérience, quelles aides, quelles actions à entreprendre, voire quels supports penses-tu envisageable de mettre en œuvre pour aider nos jeunes au cours de leur formation, tant initiale que continue ?

Ayant eu des difficultés à définir mon projet professionnel, même après obtention de mon diplôme, je pense qu’il serait intéressant de guider les élèves et diplômés dans cette démarche : bilan de compétences, réorientation professionnelle, création d’entreprise, etc.

Le groupement AI67 propose d’ores et déjà, en association avec un expert-comptable, de l’information et du conseil sur la création d’entreprise.

 

Nota de « l’interwiever » Jacques PRENVEILLE (ST-M 1962) : Nadia retrace ici le parcours de quelqu’un(e) qui, à partir d’une idée simple, cherche (avec succès), ce qu’on pourrait appeler sa « vocation professionnelle » tout en apprenant en même temps sur le tas la vie des entreprises et en fait à se découvrir soi-même. C’est enthousiasmant.